2014年8月2日土曜日

Stairways to Heaven

Echapper à la chaleur du mois d'août n'est pas facile, surtout si on se balade à Kyoto.
Mais, en évitant la ville et en se promenant dans les montagnes qui encerclent la ville, on peut trouver un peu de répit.

Le temple shinto Inari de Fushimi est un de ces oasis. A flanc de montagne, le temple est en fait une série de temples consacrés à la prospérité et à la bonne fortune, reliés entre eux par des galeries de torii, ces portiques qui permettent de s'approcher du monde des dieux shintô.



Les premières étapes accueillent beaucoup de touristes et il y est encore difficile d'y trouver sérénité et calme.  Mais Chihiro nous tend la main pour nous entrainer dans son monde. L'isolement croît au fur et à mesure que l'on grimpe les escaliers sous les torii. Les voix s'évanouissent, et seules le chant des cigales vient perturber l'air mystique. 

En cours de route, on aperçoit un temple où il est possible de rédiger un ex voto sur des tablettes de bois en forme de tête de renard, le symbole de Fushimi. Si les voeux sont classiques: santé, amour, réussite, les dessins qui ornent les tablettes sont beaucoup moins orthodoxes. De talentueux dessinateurs y ont représentés des visages connus. Beaucoup de jeunes hommes, mais pas de filles... Etonnant. 


Chaque temple a sa fontaine, gardée par un dragon. Toutes sont différentes. Chaque autel est flanqué d'une petite boutique beaucoup plus terre à terre. grigris, éventails de papier, biscuit et thé. Les vendeurs discutent entre eux, imperturbables. C'est à croire qu'ils sont dans une 4eme dimension, inconscients de notre passage. A moins que ce ne soit nous qui ayons passé la porte des étoiles...

Chihiro nous a emmené avec elle dans son voyage. Au sommet, l'air est pur, serein. On est seul, mais sans se sentir isolé. Un sentiment de bien-être nous envahi. Celui-ci est peut-être induit par toutes les endorphines que l'on a produit pendant la petite grimpette de presque 2 heures, mais, le fait est là. 

En traversant tous ces portiques shintô, on s'est un peu approché d'une expérience Led Zeppelin.

Un battement d’aile du papillon


Ou la loi des conséquences inattendues 


J’habite, vous le savez, à Kachidoki. Avant d’être le nom de mes pastiches, c’est le nom d’un quartier, sur l’île de Toyomi, dans la baie de Tokyo, la partie sud de l’île. Sur mon île, un peu excentrée, il y a une ligne de métro, Oedo, qui s’arrête à une petite gare, appelée modestement: Kachidoki. Cette gare, inaugurée en 2000, a été conçue sur l’échelle des petites gares qui n’accueillent qu’une seule ligne. En d’autres mots, il ne s’agit pas d’une gare de transit. La nuance est importante parce qu’elle a un impact sur le nombres de portiques et le nombre de sorties et entrées avec un nombre de passagers quotidiens estimés à 20 000 usagers. 20,000 personnes, cela signifie, 10,000 le matin et 10,000 le soir, concentrés sur deux plages horaires de pointe: 8:30-9:30 et la soirée, à partir de 18:00 jusque 20:00.

Aujourd’hui, 76,000 usagers passent par la gare. Cela est du au développement du quartier et au déplacement du coeur de la ville vers la baie de Tokyo: établissement d’une grande société multinationale: et paf! + 18 000 usagers. Etablissement de business centers, et surtout, de tours résidentielles. Depuis que j’habite à Kachidoki, en 2005, il y a 5 tours supplémentaires. au pif, Paf! + 15,000 personnes. C’est à se demander comment l’île continue de flotter.

Le hic, c’est que la taille de la gare n’a évidemment pas changé. Les heures de pointes sont chaudes. Très chaudes. Si par malchance on est sur le quai quand deux trains entrent en gare simultanément, c’est la panique totale. D’autant plus qu’aux heures de pointe, les rames se suivent toutes les une ou deux minutes. Impossible de sortir du train, d’entrer dans le train, et même de dégager des quais: les portiques agissent en goulot d’étranglement, les usagers des trains précédents sont encore sur le quai, les escaliers et les sorties sont engorgés. Mais malgré cela, les passagers sortent de leur train! Et donc, il y a encore plus de monde dans la gare. Bref, je ne vous fais pas un dessin, c’est absolument épouvantable. Un cauchemard!
Et mon papillon dans tout cela: Et bien: il n’existe pas. Personne, ni dans les entreprises localisées à Kachidoki, ni dans les personnes qui habitent Kachidoki et utilisent le métro, n’ont pris l’initiative des horaires de travail flexible. Si au lieu de concentrer les arrivées et les départs sur une heure de temps, ils étaient étalés sur 3 heures, l’engorgement serait déjà moins important. Il faudrait juste que 30%des personnes acceptent de commencer le boulot plus tôt et que 30 autres % commencent plus tard. Et donc, évidemment, cela aurait un impact sur le timing de fin de journée. Ceux qui commencent à 7h30 devraient terminer plus tôt. Ceux qui commencent plus tard, devraient rester plus tard.

Cela remettrait en cause le système de base du travail au Japon: on ne quitte pas son bureau avant son boss. Quitte à glander.
Que se passerait-il si l’élargissement des gares n’étaient plus possible, le battement d’ailes du papillon. Que se passerait-il si les entreprises devaient instaurer les horaires flexibles? C’est la société japonaise dans son entièreté qui serait influencée: les employés ne seraient pus obligés d’attendre que leur boss quitte leur bureau. Les papas pourraient rentrer à la maison plus tôt et profiter du temps en famille pour se ressourcer. Les enfants pourraient connaître leur papa et passer du temps ensemble pour faire les devoirs au lieu d’aller dans une école préparatoire, ils pourraient jouer au foot au lieu de s’abrutir devant la télé. Les mamans pourraient du coup prétendre sérieusement à un boulot puisque celui-ci leur permettrait d’associer vie professionnelle et vie privée. Elles se sentiraient valorisées et y gagneraient en autonomie. Quitter le travail tôt pour les enfants ne serait plus stigmatisé comme une tare et n’empêcherait plus l’accès à des fonctions responsabilisantes. Soyons fous, le choix de carrière ou de boulot plus peinard serait accessible à tous et toutes.
Les temps qui ne seraient plus consacré au travail (inutilement) pourrait être consacré à la famille, aux amis, au bénévolat, aux hobbies, à la gastronomie, aux vacances,au sport, à la lecture, à l’apprentissage d’une langue ou d’un art, au patchwork, si c’est cela que vous aimez... Ce serait OK d’aller boire un café ou un pot avec un ou deux amis, profiter du temps, discuter du monde, flaner, promener son chien, contribuer à la vie de communauté. La vie intérieure serait tellement plus enrichissante. Elle permettrait de trouver un équilibre mental sain et d’emmener cet esprit positif sur le lieu de travail. Celui-ci en serait plus efficace, voire plus créatif. Chaque personne serait plus heureuses, plus, comblée.

Waouw! Ce serait une véritable révolution de la vie sociale japonaise, tout cela gràce aux quais trop étroits et aux portiques trop peu nombreux dans les gares.

Mais voilà, le Japon ne serait pas le Japon si les architectes et ingénieurs, qu’ils soient maudits, n’avaient pas trouvé une solution à ce problème technique de devoir élargir les quais et agrandir les espaces sous-terrains pour y ajouter tout tout tout TOUT plein de portiques, élargir les sorties existantes et en ajouter de nouvelles. Tout cela, au départ de la surface, avec des grosses GROSSES machines, et pendant la nuit, quand les trains ne roulent pas et que la gare est fermée. Et donc, d’ici quelques mois (plus de 12), la gare pourra avaler et dégurgiter ses 90 000 usagers quotidiens (dans un an, il y aura 3 nouvelles tours résidentielles...). et Murphy aura dit son dernier mot! 

L'espace sensible!


Don’t think too much, just FEEL !




Prendre le shinkansen est une expérience particulièrement agréable. Ils ont pensé à tout. Des cabines aérées et qui ne laissent transparaitre aucun choc, nonfumeur (mais il y a un fumoir), des toilettes bioniques en général propres et toujours munies d’un mécanisme automatique pour abaisser la planche, des petits lavabos et des miroirs plein pied, des sièges ultra confortables, aux coloris apaisant, un espace pour les jambes grand comme la Manche, des prises de courant, le wi-fi. Une propreté exemplaire, garantie à chaque terminus par un personnel d’une efficacité redoutable. 


 cela, vous ajoutez La possibilité de boire un (bon) café, de manger une glace (Hagen Daz) ou de se souler à la bière, au whisky ou au vin durant tout le trajet et surtout, le service souriant et aimable du personnel de cabine et du contrôleur. Ceux-ci sont d’ailleurs multi-tasks: ils s’assurent que tous le monde est à sa place et a payé son trajet, s’arrangent pour éviter que les passagers bruyants ne le soient plus, passent avec une poubelle pour donner la chance à chaque passager de ne pas abandonner ses déchets. Le tout avec un sourire inoxidable et un salut à l’entrée et à la sortie des wagons. 


Ah, oui, petit détail, tous les trains sont d’une ponctualité suisse. Il y a un shinkansen tous les quart d’heure et tous, partent et arrivent à l’heure. Lorsqu’il y a un pépin, et plus de 30 secondes de retard, le chauffeur se confond en excuses sur son micro. 


Il ne manque plus que la possibilité de recevoir une manucure ou un massage de la nuque pour rendre l’expérience paradisiaque. 

Visiblement, ils ont pensé à tout. Rien ne leur échappe!


es fumeurs ont leur aquarium, ceux qui ont faim et soif peuvent se sustenter, ceux qui veulent pianoter sur leur pc, tablettes, ou recharger leur téléphone peuvent le faire. Il y a même des couverture.s La hauteur des dossier empêchent le son de se propager et assure une certaine tranquilité et privauté.

Mais évidemment, la loi de Murphy, s’en assure, c’est toujours l’événement que l’on n’a pas prévu qui arrive. Et cela m’est arrivé (bon, après 10 ans de pérégrinations acharnées). 


Mon voisin, un petit vieux tout désêché, a eu une crise aigüe d’aérophagie durant tous le trajet. 2 heures 30. Et un train relativement complet, ce qui ne permettait pas de changer de place. Un supplice innommable.
Imaginez un peu ce petit vieux qui pendant deux heures a fait semblant de rien, innocent comme le bébé qui vient de naître. Il a même mangé! Et moi, à côté, qui faisait semblant de ne rien sentir et de me concentrer sur ma lecture...

Pour garantir le confort de tous ses passagers, ce serait bien que la compagnie de train fasse évoluer son protocole. au choix: 


 elle fait une annonce demandant aux passagers dont les flatulances ne sentent notoirement pas la rose, d’assouvir tous leurs besoins avant de monter dans le train;

- elle crée un espace peteur (y a bien un espace fumeur!); 
- elle prévoit des masques à gaz en cas d’urgence. 


Ces statistiques si surprenantes!

Le Japon est accro des statistiques. Ces deux dernières semaines, je suis tombée à la renverse en lisant les deux résultats de recensements suivants.

Le nombre des membres de syndicats du crime ou associations de malfaiteurs est pour la première fois passé en dessous de 55000 personnes depuis 1958! Il y a 4600 criminels en moins dans les rues nipponnes depuis l’année dernière.

Ce résultaest le fruit d’un travail de communication intensif et de longue haleine vis-à-vis des mouvements criminels, qui pousse leurs membres à la défection (la communication, pas les mouvements). Il y a également eu 22,861 arrestations. Les activités criminelles liées à la reconstruction des régions touchées par le tsunami ont été divisées par 5. Celles-ci incluaient notamment l’envoi frauduleux de travailleurs sur des zones à risque et des prêts usuriers.

C’est le service presse de la police qui vient d’annoncer avec grand fracas ces résultats! Le citoyen japonais peut dormir sur ses deux oreilles, même dans le train. 55 000 criminels, cela fait un malfaiteur pour 2181 personnes. Si on pense qu’il y a environ 1080 personnes dans un train bondé le matin, on a une chance sur 2 d’avoir un criminel dans notre rame. (sauf que la gane criminalité au Japon est cyber-criminelle et que ces gens restent à la maison).

C’est bien de savoir combien les criminels sont, mais tant qu’à faire de les recenser, pourquoi pas les arrêter? J’imagine qu’on a du les identifier pour pouvoir les dénombrer!

La deuxième info digne des lignes d’un grand journal concerne le potentiel d’attraction des hommes sans emploi à durée indéterminée. Le gouvernement a publié une étude très sérieuse sur la baisse de fertilité au Japon, qui indique que seuls 18.7% des hommes entre 20 et 29 ans, sans emploi fixe ont eu une petite amie en 2013. Par contre, 30.7% d’entre eux qui avaient un emploi fixe avait une petite amie! Au total, nous apprend-on, 25.5% des hommes dans la vingtaine ont eu une petite amie (le rapport n’indique pas depuis quand ni si la relation était stable ou passagère), mais 37.2% des femmes de la même tranche d’âge ont eu un petit ami. Ceci est tout à fait bizarre. La pyramide des âges montre qu’il y a 8,2 millions d’hommes entre 20 et 29 et 8 millions de femmes pour la même tranche. Cela n’explique pas les 12% de différence. Il y a donc des hommes qui ont changé de petite amie plusieurs fois sur l’année. ou des femmes qui sortent avec des hommes dans d’autres tranches d’âge (les voleuses)... Le rapport de l’étude nous apprend également que le taux de succès auprès des femmes baisse proportionnellement avec les revenus. Et dire qu’il fallait une étude pour nous apprendre cela.

En tout les cas, on ne sait pas quel est le taux de succès des membres des associations de criminels auprès des femmes. Sont-ils considérés comme ayant un emploi stable, et/ou rémunéré au-dessus du seuil acceptable pour être un petit ami envisageable? Ceci est peut-être une solution pour réduire la criminalité. 

Si la presse publiait des données statistiques sur ce sujet, de nombreux criminels pourraient trouver la voie de la stabilité et de l’honnêteté naturellement. Et la cerise sur le gâteau, c’est qu’ils deviendraient des citoyens modèles en contribuant à l’augmentation de la fertilité au Japon!